Là Haut + Pieds Nus - Créé par milamo LA HAUT
Les anges d’Emma Barthère logent sur les toits de Paris, vous le saviez n’est ce pas ? Souvenez-vous de leurs pieds nus égarés dans la poussière des grands espaces dévastés, et bien ils ont pris leur envol vers leurs refuges célestes. Là ils se lovent dans une communion parfaite, l’un contre l’autre, s’incarnent.
Peu les voient. Il faut se donner la peine, sourire au ciel, grimper les étages et attendre.
A l’homme patient, qui sait, qui sent, qu’il fut, l’ange apparaît.
Peu le savent. Pour les voir, il faut marcher longtemps jusqu’au sommet de son crâne et frapper fort pour que l’un d’eux vous ouvre la lucarne.
Peu le sentent. Ils enfantent. Là, sur nos têtes, où ce que nous avons oublié doit renaître, ils le portent pour nous.
Ce qui fut. De nos pensées lourdes de nos corps si douloureux, ils s’ensemencent de nos peurs d’être dépossédé de tout.
L’ange apparaît à ceux qui oublient, perdent pieds. Nus et délivrés, arpenteurs courageux, allez donc frapper un de ces jours à la petite fenêtre du dernier étage, Emma Barthère l’a laissée ouverte…
Patrick Marty
PIEDS NUS
Du sexe des anges.
Les images d’Emma Barthère provoquent une sensation de pureté et d’apaisement contenue dans une mise en scène qui bouscule les repères temporels jusqu’à les annihiler, elles ont la même intensité que certains bas-reliefs de la statuaire romane. Lien entre sacré et profane, entre la volonté de produire du sens et l’accession à la dimension poétique ou divine. Ces êtres furtifs, anges mutins, tantôt inquisiteurs ou simples témoins, impriment leur présence lumineuse, femmes pinceaux, se proposant comme sujets libres.
Sont elles le chœur d’une ode aux ruines d’un monde qui se meurt ? Ces apparitions, notes nues, blanches et rondes sur cette partition dévastée, chaotique, nous révèlent des femmes-graines têtues, fières et survivantes qui promettent jurent et jouent sur cette décrépitude qu’elles ensemencent.
L’ange enfin sexué nous interroge sur le territoire humain, prenant la pause, questionnant le temps et l’espace, avec fulgurance, neutrinos intempestif, présent avant et après la lumière. Celui-ci vient de se poser, ses ailes sont encore déployées, cet autre tente un envol, ses ailes vibrent et son corps s’élance. Emma Barthere nous rend complice de ce petit jeu, simple et vibrant, invite le nu féminin à irradier plutôt que de l’imposer. Elle nous dévoile une vision apaisée de la femme qui transfigure un environnement agressif et stérile, vision d’un monde auquel elle ne se soumet plus.
Patrick Marty |